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Ada Byron, la « fiancée » des sciences (1815-1852)

Ada Lovelace était la fille d’Annabella Milbanke et du poète Lord Byron. Pour comprendre ce que fut la vie d’Ada, il faut réaliser à quel point le fait d’être la fille d’un tel homme la rendait, dès sa naissance, hors du commun.

Byron était peut-être un grand poète d’une notoriété mondiale, mais savait aussi se montrer détestable avec sa femme, qu’il ne cessait de dénigrer et rabaisser en public. La petite Ada était âgée de deux mois quand son père partit se battre en Grèce. S’il prit souvent des nouvelles de sa fille par le biais de sa sœur Augusta, il ne la revit jamais. Quand son corps fut ramené de Grèce, des paysans et des gens du peuple vinrent escorter son cercueil… Mais de tout cela, la petite Ada, âgée de 5 ans, n’en sut rien. Elle n’eut pas le droit de voir un portrait de son père avant d’avoir 20 ans.

Annabella Byron était une femme intelligente et énergique, rendue amère par les insultes et les coups de son mari ainsi que par le long procès en divorce qui s’en suivit. Il faut bien comprendre qu’à cette époque, il n’était pas simple de divorcer pour une femme, surtout d’un homme aussi célèbre que Lord Byron. Elle s’inquiéta beaucoup pour l’avenir et l’éducation d’Ada : sans nul doute, elle avait hérité du génie de son père, mais serait-elle comme son père, fantasque et immorale ? Annabella s’attacha donc à trouver à sa fille des précepteurs pour lui donner une éducation moralement irréprochable et aussi loin que possible de la poésie : Ada apprendrait les mathématiques, la morale, la science et y travaillerait avec méthode.

A 16 ans, Ada tombe amoureuse d’un de ses précepteurs et entend bien mener ce flirt comme elle l’entend. Le scandale est évité, le précepteur est congédié et Ada est dûment sermonnée. Seulement voilà, la preuve est maintenant faite pour sa mère : il est évident qu’Ada a hérité du caractère aventureux, immoral, indépendant et passionné de son père. Il faudra donc tout faire pour l’empêcher de nouveau de sombrer dans ses noirs penchants.

A force de réprimandes, Ada finit par croire qu’elle est effectivement de nature aussi perverse que son père et elle promet de se corriger. Ayant fait preuve de tenue, sa mère décide alors de la lancer dans le monde, alors qu’elle a 17 ans. Elle est présentée au Roi comme la fille de Lord Byron. Ada se comporte comme il faut, même si elle fait une crise de nerf. Elle sera commune de ce genre de malaise, on y voit la lutte entre le caractère fantasque de son père et le sens morale qu’elle s’astreint à suivre. Mais comment peut-elle renier son père comme sa mère le souhaite, tout en profitant de sa notoriété ?

Ada décide d’étudier plus sérieusement les mathématiques et fait la rencontre d’une célèbre mathématicienne : Mary Somerville.

Ada est peut-être une femme, mais pour la société elle est avant tout la fille d’un des plus grand génie qu’ai connu l’Angleterre. Elle a hérité de son intelligence, Ada en est la première persuadée et ne s’en cache pas. C’est d’ailleurs grâce à sa noble ascendance que les plus grands scientifiques du moment accepteront de travailler avec elle ou de l’avoir pour élève.

En 1833, grâce à Mary Somerville, Ada voit pour la première fois la machine à différences de Charles Babbage. Ada est fascinée par la machine qui exécute des calculs, la description qu’elle en fait à Babbage, mi-poétique, mi-mathématique enchante le mathématicien. C’est là que débute leur amitié qui se poursuivra par une collaboration.

Babbage n’écrit pas lui-même sur sa machine, c’est l’italien Luigi F. Menabrea, qui, impressionné par les travaux de Babbage, rédige le premier article en français en 1842. Ada traduit l’article. Une fois qu’elle y a ajouté des notes, l’article a doublé de volume. Elle appelle son mémoire : mon premier enfant, elle qui en a déjà eu trois avec William King, qu’elle a épousé en 1835.

Son mémoire est publié sous ses initiales : A. A. L. afin de dissimuler son identité comme le faisait d’ordinaire les femmes. Il est bien accueilli. Néanmoins, elle n’obtient pas la célébrité qu’elle espère. Or son ambition n’est qu’une composante d’un enjeu encore plus terrible : elle veut qu’on reconnaisse son génie afin de trouver la justification de ses souffrances et obtenir la Rédemption de son père pour tous ses péchés.

Par les mathématiques, elle atteindra une pureté et une droiture qui rachèteront aux yeux de Dieu des pêchés de son père.

Ce n’est donc pas pour son apport mathématique que Ada est devenu célèbre, mais pour un passage de son mémoire, considéré par elle comme par Babbage comme mineur : le programme qui permet de calculer sur la machine analytique les nombres de la suite de Bernoulli. C’est le premier programme informatique qui ait été écrit et il utilise les mêmes termes et procédures qu’on utilisera plus tard sur les premiers ordinateurs.

Mais, la machine analytique ne fonctionnera jamais. Babbage arrive à cours d’argent et ne parvient par à la mettre au point. Il s’arrête sans le savoir très près du but, à une ou deux roues dentées près.

Ada songe ensuite embrasser une carrière musicale de harpiste. Elle s’intéresse aussi à des nouvelles et dangereuses idées : mesmérisme, phrénologie, matérialisme…

Plus tard, elle désire écrire un modèle mathématique lui permettant de gagner aux courses, elle espère ainsi obtenir une vraie indépendance financière, que lui refuse sa mère et son mari, mais elle se ruine au point de devoir vendre des bijoux de famille.

Elle meurt en 1852 ans dans la longue agonie d’un cancer, au même âge que son père et demande à être enterré à côté de lui.

Dieu, les Mathématiques, le Salut, la Morale, la Célébrité… curieux mélange pour cette jeune femme qui n’a jamais pu être libre et qui a lutté de toutes ses forces contre sa nature qu’elle croyait mauvaise et qui y a risqué sa raison.

Il reste ce premier programme informatique. En 1980, l’armée américaine développe le langage ADA, nommé ainsi en sa mémoire.

Isabelle Collet

Stein Dorothy, Ada, a life and a legacy, Cambridge, MIT Press, 1985
Wooley Benjamin, The Bride of science : romance, reason and Byron’s daughter, Mc Graw hill
Une version longue de cet article est disponible dans Revue de l’association Femmes et Mathématiques N° 7 - décembre 2003 : www.femmes-et-maths.fr.fm

 
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