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Peur de l’informatique et dé-mystification des outils

Les ateliers « Votre pc vu de l’intérieur » : favoriser l’appropriation de l’outil informatique

Qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur de la tour de votre ordinateur ? Est-ce que vous l’avez déjà ouverte, ne serait ce que pour y faire la poussière, ou pour y ajouter de la mémoire vive, changer le lecteur de disquette ? Défaire les mystères de l’informatique est un des objectifs des ateliers « Votre PC vu de l’intérieur » qui ont été proposés par Ada durant les digitales@Netdays en novembre dernier. En voici les motivations, et le mode d’emploi.

L’informatique a une image de complexité et de technicité très forte, en grande partie méritée, qui ne favorise pas son appropriation même par des personnes qui travaillent en permanence devant un ordinateur. Les mystères technologiques perçus, qu’ils soient liés à la méconnaissance de l’outil ou à sa réelle complexité, augmentent la peur et les précautions par rapport à la machine, incapacitant les utilisateurs et ralentissant les apprentissages.

Rendre les outils informatiques accessibles au commun des mortels, et faire en sorte qu’ils ne soient pas réservés à une portion congrue de spécialistes, tout en favorisant la réappropriation de leur outil de travail par les salariées passe par un travail de formation, certes, mais aussi par une réflexion sur ce qui est caché derrière les mystères techniques, sur les manières possibles d’appréhender directement l’informatique, au-delà des craintes et des appréhensions.

La peur de l’informatique
Selon une étude de la fondation européenne, en Europe, 51 % des travailleurs utilisent quotidiennement l’informatique (1). Une autre étude de la fondation européenne montre qu’en 2002, 27 % des salariés utilisant l’informatique dans leur travail n’ont jamais reçu de formation informatique (2).

Or, le contact avec un ordinateur est souvent lié à des sentiments d’inquiétude ou de peur : 37 % des utilisateurs ont peur de faire des erreurs, 46 % ont des problèmes à comprendre l’informatique, 48 % ne comprennent pas l’Internet. Les groupes qui sont le plus mal à l’aise par rapport à l’informatique sont les personnes peu scolarisées, les personnes plus âgées, et les femmes (3).

Ces études posent deux questions sur l’informatique et le travail : d’une part l’intégration et le maintien, sur le marché de l’emploi, des personnes qui ne sont pas familiarisées avec l’informatique, et qui se sentent inconfortables par rapport à cet outil ; d’autre part, la question de la maîtrise de l’outil de travail, de l’autonomie par rapport à lui, de la capacité de contrôle qu’en ont les salariés.

Ouvrir la boîte noire ?

Depuis 2001, Interface3 et les autres centres partenaires du projet Ada organisent des ateliers « Votre pc vu de l’intérieur », ouverts à toutes. Pendant deux à trois heures, on ouvre, on montre, on raconte, on démonte, et on remonte un ordinateur.

Ce sont des stagiaires en formation dans les centres du partenariat qui donnent ces ateliers, pour des femmes de tous horizons. Les ateliers sont l’occasion de répondre à des questions sur des dysfonctionnements de son ordinateur personnel, et de se faire rapidement une idée de ce que contient la « tour » : carte mère, disque dur, lecteur disquette et cd rom, carte vidéo, carte son, bloc d’alimentation...

Les personnes qui présentent l’atelier montent et démontent, font monter et démonter le contenu de la tour, elles expliquent rapidement le rôle des différents composants, les font passer de main en main. Les parties de l’ordinateur sont en petit nombre, et faciles à différencier..

Une des réactions courantes dans ces ateliers, est que, en fait, « c’est beaucoup moins compliqué que ce que l’on croyait ». Contrairement à ce que pensaient les personnes qui participent à l’atelier, ce n’est pas très complexe, et ce n’est pas non plus fragile : un ordinateur arrêté et débranché se laisse ouvrir et démonter sans précaution particulière (à condition de garder en tête la manière dont les branchements sont faits, bien sûr, pour savoir remonter l’ordinateur !). Après l’atelier, les participantes sont capables chez elles de rebrancher correctement leur lecteur de disquette ou de changer la carte son, et savent à quoi ressemble, de l’extérieur, un microprocesseur.

Mais ce n’est pas sans doute ce qui se passe de plus important dans l’atelier : le moment où les utilisatrices réalisent que ce qu’il y a dans la boite est abordable, compréhensible, et que toucher et déplacer les éléments n’est pas dangereux, ni pour la machine ni pour elles, est plus important. C’est le moment où est remise en cause l’idée qu’un ordinateur est un outil que seuls les spécialistes peuvent comprendre.

Le hardware démystifié

Les ateliers démystifient le hardware, qui est sans doute, pour les femmes, la partie la plus chargée symboliquement. Cela fait partie, pour Ada, des pratiques qui peuvent aider les utilisatrices à franchir ensuite d’autres pas, à modifier leur rapport avec la machine, et à gagner en autonomie dans leur rapport à leur outil de travail.
Savoir utiliser un traitement de texte ou un tableur ne suffit pas à être rassurée par rapport à sa machine, à faire face à un vendeur de matériel ou à aller s’informer en ligne sur des choix de matériel. Au-delà des formations ponctuelles sur des fonctions utiles, les « Pc vu de l’intérieur » visent, à leur petite échelle, à désacraliser les supports matériels de l’informatique, en prenant en compte les questions de genre et de représentation.

Mode d’emploi du PC vu de l’intérieur
Le premier atelier ’pc vu de l’intérieur’ a eu lieu à Interface3, en 2001, lors de la première édition des Digitales. L’idée était de croiser les compétences, de permettre aux stagiaires d’interface3 de ne pas seulement assister à des conférences, mais de donner elles-mêmes des ateliers. Ghislaine a choisi le nom sur la base d’un cours en néerlandais « in de buik van de pc » (dans le ventre du PC). Les ateliers sont donnés en général par les stagiaires de la formation Helpdesk, à un moment de leur formation où elles ont déjà un bon niveau en hardware. Des séances de préparation sont prévues, dans le programme des cours, pour organiser les ateliers, répartir le travail, choisir et lister le matériel nécessaire, et du travail en dehors des cours est également nécessaires. La tutrice du groupe ne donne pas de plan ou de notes pour le contenu de l’atelier, l’idée étant que les stagiaires reconstruisent elles-même la matière qu’elles vont donner, et fassent leur propre syllabus. Les ateliers « pc vu de l’intérieur » durent de 2 à 3 heures, avec 5 à 6 stagiaires pour donner l’atelier et de 10 à 15 personnes qui y assistent. A l’occasion, des ateliers plus court ont eu lieu, mais l’objectif étant que les participantes puissent utiliser les ateliers pour tripoter et poser des questions, trois heures est une durée préférable.

Matériel à prévoir

  • au moins un ordinateur démontable, deux si possible.

Contenu de l’atelier

  • Tour de table de présentation des participantes et des stagiaires.
  • Une présentation théorique de l’ordinateur, tant les périphériques que l’intérieur de l’ordinateur, ex-cathédra,
  • Ouverture de la tour, et démontage des composants. A mesure, sont données les règles à respecter pour les branchements, et les pièces circulent et sont tripotées par les participants.
  • Remontage et rallumage de l’ordinateur.
    La présentation ex-cathédra est nécessaire pour fixer les termes techniques, mais la partie la plus intéressante est bien sur le démontage et le remontage, les participantes à l’atelier pouvant toucher, enlever, remettre en place tous les éléments de la machine.

Intérêt pédagogique pour les stagiaires en formation

  • Donner un cours ou une initiation à des groupes externe oblige à réviser sa matière et à maîtriser totalement le contenu des cours.
  • Durant les formations, les stagiaires n’ont pas forcément conscience de tout ce qu’elles ont appris : en se retrouvant avec des utilisatrices qui sont très loin d’avoir leur niveau de connaissance, elles réalisent qu’elles ont avancé.
  • C’est un projet : des dates de réalisations à respecter, un travail nécessairement en équipe, gestion des délais
  • Prendre la parole en public, devant des inconnus.
  • Organiser sa matière pour la rendre accessible.
    Le bilan des stagiaires est positif, notamment au niveau de la prise de confiance en soit, et de la motivation à continuer la formation.

Anne-Laure Buisson
mars 2005

Notes & liens

(1) European fondation for the improvement of living and working conditions "Gender, jobs and working condition in the European Union", blz. 42). http://www.eurofound.eu.int/publications/files/EF0277EN.pdf
(2) European fondation for the improvement of living and working conditions information technologie, use and training in Europe blz 12
http://www.eurofound.eu.int/publications/files/EF04134EN.pdf
(3) Keith Roe and Agnetha Broos [2004] Marginality in The Information Age : The Socio-Demographics of Computer Disquietude : A short research note. Communications : The European Journal of Communication.

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