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Interview avec Silvia, réalisatrice de films d’animation

Sans rien perdre de sa fibre artistique, la pratique du dessin animé a été transformée par les nouvelles technologies. Rencontre avec Silvia, venue à la technique malgré elle, mais sans regrets !
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Bonjour Silvia, comment es-tu entrée dans le métier ?

Enfant, j’étais déjà fascinée par le mouvement. J’adorais être assise dans la voiture et capter tout ce qui filait à toute allure autour de moi. Je dessinais beaucoup aussi et dès la sixième, je suis entrée à l’Académie de dessin. Plus tard, mon ambition artistique a surtout été nourrie de mon besoin de m’exprimer. Outre le dessin, j’appréciais beaucoup le cinéma et c’est comme ça que j’en suis venue au film d’animation.

Quelle formation as-tu suivie ?

J’ai étudié le cinéma d’animation pendant 4 ans à Gand. A l’époque, tout se faisait encore sur de la pellicule : nous dessinions tout à la main, l’école ne comptait pas d’ordinateurs. Quand j’ai cherché du travail, plus tard, j’ai été confrontée à mes lacunes en informatique et j’ai décidé d’acheter un ordinateur. Ce n’était pas facile de partir de zéro. Il m’a, par exemple, fallu du temps avant de détecter quels programmes m’étaient utiles ou non. J’ai décidé d’y aller étape par étape : j’ai cherché par moi-même, chez moi, et j’ai sollicité l’aide de copains aussi. Finalement, j’ai décroché un emploi à la télévision, où j’ai, techniquement, beaucoup appris.

Comment est née ta fascination pour les techniques informatiques ?

Elle ne m’est pas venue tout de suite. Quand je me suis dirigée vers la réalisation d’animation, je pensais que ce serait moins technique que le cinéma. En fait, c’est l’inverse : l’animation requiert des processus lents et répétitifs, qui nécessitent le recours à l’informatique. Très vite, j’ai découvert, outre l’aspect technique, également les innombrables possibilités d’un ordinateur, qui sont réellement différentes du travail d’expression manuelle. Aussi, je suis constamment à la recherche de techniques qui permettent d’être aussi créatif et de gagner du temps dans le travail.

Quelles sont les techniques que tu utilises ?

Actuellement je travaille sur un film dans lequel les enregistrements live passent sur un fond bleu, un écran bleu. Ensuite, ce fond doit être supprimé manuellement pour y substituer un fond digital. Cette manœuvre digitale – appelée keying – se fait dans un programme de composition tel que After Effects. En plus de cette application, j’utilise aussi Photoshop, Adobe Premiere, Avid Express. Je ne sais pas utiliser les programmes de 3D mais je connais leurs possibilités. Dans mon film, je travaille avec des animateurs 3D qui s’occupent de cette partie du travail. Il est très important, en tant que réalisateur, de connaître les possibilités des techniques et le jargon du métier. Cela facilite énormément la communication avec les collaborateurs, qui, dans mon cas, sont surtout des Assistants PC. Il faut pouvoir échanger toutes ces connaissances techniques et parler le même langage pour être sur la même longueur d’onde et aussi stimuler au mieux la créativité. La connaissance de ce jargon technique m’aide énormément pour concrétiser avec mes collaborateurs mes idées créatives. Je constate qu’ils apprécient beaucoup mes connaissances techniques. Rien ne me donne plus de satisfaction que de pouvoir partager une idée et de la réaliser avec d’autres gens.

Comment se passe la production d’un tel film d’animation ?

Dans une première phase, vous développez vos idées, généralement à l’aide de croquis, qui seront un outil de travail pour communiquer votre script à vos collaborateurs et collaboratrices. Dans une deuxième phase, vous rassemblez vos croquis selon un story-board. Il s’agit du squelette du film, qui donne le timing et la succession des séquences. Ensuite, vous organisez les prises live. En général, les éléments de décor doivent aussi être développés et on prévoit des répétitions. La dernière phase consiste en la post-production. Elle est assez longue car toutes les couches d’images doivent être rassemblées dans un même programme, où elles sont ensuite traitées image par image. Ce qui est très laborieux.

Gagne-t-on bien sa vie en tant que réalisatrice de films d’animation ?

Vous pouvez travailler soit dans le secteur commercial, soit à l’aide de subsides. Actuellement, je travaille avec des subsides du Fonds audiovisuel flamand (le VAF), la Province de Flandre orientale et la Ville de Gand. Mais j’ai également fait des films commerciaux. La voie non commerciale est souvent la plus difficile car vous devez tout organiser vous-même et vous ne pouvez pas vous insérer dans une structure existante.

Quelles qualités faut-il posséder pour devenir réalisatrice de films d’animation ?

Vous devez avoir un grand sens de la persévérance. Vous devez être très créatif et très organisé. La flexibilité est de rigueur et il faut avoir le sens de la résolution des problèmes. Enfin, vous devez avoir une bonne intuition et pouvoir bien évaluer les qualités des autres.

Qu’est-ce que ça fait pour une femme de travailler dans le monde très masculin du cinéma d’animation ?

C’est vrai qu’on rencontre plus d’hommes dans le métier mais ça ne veut pas dire que c’est un métier typiquement masculin : les femmes sont aussi nombreuses dans les fonctions créatives et elles utilisent toutes l’ordinateur. C’est le cas des monteuses par exemple. Mais c’est vrai que parfois, on est confrontée à des préjugés. Je pense que les femmes approchent la technique d’une autre manière que les hommes. Je constate par exemple que les femmes sont plus intuitives que les hommes lorsqu’elles utilisent l’ordinateur. Elles considèrent davantage la technique comme un moyen de s’exprimer personnellement. C’est un tout autre angle que celui d’être tout bonnement fasciné par la technique en tant que telle. Cependant, je pense que la technologie ne doit pas effrayer les femmes : quand on est convaincu par ce qu’on veut faire, on peut tout apprendre…

 
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