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Interview avec Isabelle, administratrice de bases de données chez Ezos

Au quotidien, les bases de données sont très discrètes... Pourtant elles ont une importance cruciale : elles sont partout dans votre vie. Quand vous utilisez votre carte bancaire, quand vous passez une commande à "La Redoute"... Il y a toujours une base de données derrière. Isabelle, administratrice de bases de données, nous explique comment on construit et organise ces ensembles d’informations, pour que les utilisateurs puissent en profiter au mieux ! Regardez la vidéo :
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Peux-tu me présenter la société Ezos ?

Chez Ezos, notre activité se divise en 3 axes : la formation, soit chez le client, soit ici dans nos locaux, la consultance, c’est-à-dire l’aide à d’autres sociétés sur des projets particuliers et enfin le développement d’applications informatiques pour toutes sortes d’environnements, du petit ordinateur de poche au grand système industriel. Dans mon travail je consacre un quart de mon temps à la formation, un quart à l’administration de bases de données et le reste à la consultance et au travail de développement.

En quoi consiste le travail de gestion de bases de données ?

Le travail d’administration de base de données est un travail qui se déroule un peu en coulisses, derrière l’écran des utilisateurs, mais qui est crucial parce que de lui va dépendre le confort et le travail de l’utilisateur.
Dans la gestion de bases de données il y a trois phases : l’architecture de la base de données qui consiste à déterminer quelles informations l’on souhaite stocker et de quel type d’informations il s’agit : par exemple les dates d’émission de factures ou des ensemble de caractères pour les noms des clients. Il faut aussi déterminer à l’avance la taille de l’ensemble de l’information et la machine la plus adaptée à ce stockage. Dans la phase d’architecture de bases de données, il faut aussi tenir compte du type de relations entre les données : entre un client qui est unique et les produits qu’il achète qui sont nombreux, pour donner un exemple. La phase d’architecture de la base est très importante car si elle est mal faite, il faudra beaucoup de temps pour obtenir l’information souhaitée, lorsqu’on interroge la base.
Ensuite il faut optimiser la base de données, pour cela il faut créer des « index », qui ont exactement la même fonction que la table des matières dans un livre : plutôt que de parcourir toute la base pour trouver l’information, on peut demander à la base de parcourir ses index.
La troisième phase importante consiste à organiser les back-up, pour que l’information ne se perde pas en cas de problème.
A côté de ça, il faut veiller à la taille de la base de données et la compacter quand c’est possible. Une base de données est comme une armoire : si on met de l’ordre, elle pourra contenir plus de vêtements… Il y a bien sûr des outils pour faire cela et c’est plus gai que de mettre de l’ordre dans une armoire…
Une autre tâche qui incombe fréquemment à l’administrateur de base de données est de relier ensemble des bases de données qui ont été construites à plusieurs moments différents : idéalement, dans une société il ne faudrait jamais de doublons, mais dans la réalité de faits, ce n’est jamais le cas. Il faut donc « passer à la moulinette » des informations qui proviennent de différentes bases de données et les combiner dans un ensemble cohérent, qui permettra de faire un rapport, par exemple.

Et la formation dans tout ça ?

Un aspect important de mon travail consiste à former les programmeurs à une utilisation efficace de la base de données : ils doivent pouvoir interroger la base de données et il faut qu’ils en connaissent les subtilités. Quand je donne des formations, j’ai affaire à un public essentiellement de programmeurs. Chez Ezos, on donne les formations officielles de Microsoft, qui souhaite en effet standardiser le plus possible les formations sur ses propres produits. Cela ne nous empêche pas de personnaliser les formations, surtout en ce qui concerne les groupes plus petits. Les formations chez Ezos constituent une vitrine : les sociétés font appel à nous pour les formations labellisées « Microsoft » et elles découvrent qu’il y a de réelles compétences chez nous. Par la suite elles nous demandent d’autres services, du développement au coaching.

As-tu le temps de te former toi-même ?

Quand il s’agit de donner des formations sur des sujets que je connais moins bien, je dois avant tout me former : je me prépare pendant quelques jours et j’ai du temps prévu à cet effet. C’est très courant dans le secteur informatique, il faut avoir un esprit curieux et se former en permanence. La formation continue est très importante et au 90% en autodidacte. C’est assez courant dans le monde informatique, il est impossible de dire « je sais » : il y a tout le temps des logiciels qui sortent et on va tout le temps vers l’avant. C’est une course perpétuelle, mais en même temps il faut rester détendu.

Et la consultance ?

Quand j’interviens au sein d’autres sociétés, il s’agit parfois de consultance d’un jour pour résoudre un problème concret. A côté de cela, il y a des interventions plus longues, qui durent un mois, pendant lesquelles je participe à différentes phases d’un projet : au début pour construire l’architecture de la base de données ou pour aider les analystes-développeurs ou encore pour un coaching : on montre aux clients comment utiliser un outil, le but du projet étant de le rendre autonome ! Ce qui me plaît est qu’on bouge, on connaît beaucoup de gens et aussi le fait que le milieu informatique soit très informel… Du moment qu’il y a du café, l’informaticien est de bonne humeur et en route !

Comment as-tu décroché ton emploi ?

Mon parcours est très atypique : j’ai commencé par faire des sciences politiques, en première licence j’ai tout laissé tomber et à l’issue d’un test j’ai commencé une formation chez Interface3 : cela a été le coup de foudre avec l’informatique !
J’ai ensuite été engagée par Interface3 et j’ai complété ma formation : j’ai donné des cours, je me suis occupée du parc informatique, j’ai mis en place ma première base de données (pour le recrutement). Au bout de 5 ans, j’ai souhaité évoluer, et j’ai envoyé mon CV à une société de chasseurs de têtes. Ils m’ont mis en contact avec plusieurs sociétés de « body shopping » dont une m’a fort plue : ils se surnommaient les pompiers informatiques, les cow-boys ! C’était Ezos !

Quels sont les aspects que tu aimes le plus dans ton travail ?

Ce que je trouve attrayant dans le métier d’administrateur de base de données c’est le côté défi intellectuel : isoler la source des problèmes et les résoudre. Un autre aspect qui me plaît est la variété : puisque la matière est en évolution constante, on ne peut pas s’endormir ! Un autre aspect est le fait de rencontrer plein de gens, qui est lié à mon activité en tant que formatrice.

Quelles sont les qualités essentielles pour être administratrice de base de données ?

Il faut avoir l’esprit logique, une bonne résistance au stress, une bonne sociabilité car il faut prendre la parole en public.

Est-il difficile de travailler dans un milieu d’hommes ?

Chez Ezos, nous sommes 2 femmes parmi 50 hommes. Quand j’ai passé mon interview chez Ezos, on m’a demandé si je me sentais capable de m’adapter à un milieu d’hommes et à des caractères un peu « forts ». J’ai répondu que j’essaierais et je n’avais pas trop de doutes à ce sujet, car j’ai moi-même ce type de caractère.
Je ne suis pas prise au dépourvu quand on me lâche une horreur ou on me montre une image un peu dépassée, je le prends avec humour. C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de femmes dans le milieu, il commence à y en avoir un peu plus, parmi les helpdesk, notamment.

Comment t’expliques-toi le fait que les femmes soient si peu nombreuses dans le secteur IT ?

Je pense que les filles ont une très mauvaise image de la fonction : moi-même, à 18 ans, je pensais que les informaticiens étaient des garçons avec 3 bics dans la poche et des boutons…

Comment le travail s’organise-t-il le chez EZOS ?

Chez Ezos, on est une société plutôt déstructurée au niveau des locaux par exemple. Je n’ai ni mon propre bureau, ni ma propre armoire et cela me convient parfaitement.A un niveau d’organisation aussi, il n’y a pas beaucoup de procédures lourdes à suivre. L’avantage de ce manque de structures rigides est que cela apporte aussi une certaine ouverture d’esprit : je suis mère de famille, mais la première personne qui a demandé un temps partiel dans ma société était un homme, et un homme à responsabilités en plus. Après cela j’ai évidemment eu beaucoup moins de scrupules à demander à mon tour un 4/5.

As-tu des enfants ? Comment organises-tu ta vie de famille ?

J’ai deux enfants et c’est vrai que l’une des idées reçues est qu’il est difficile pour une mère de famille de rester « up to date » dans le secteur informatique. Mon expérience m’a appris plutôt le contraire, car quand je suis revenue au travail après mon deuxième enfant, je me suis lancée à la découverte d’un produit qui devait encore sortir : l’avantage de l’informatique est qu’il y a toujours de nouveaux produits que l’on doit apprendre à maîtriser, donc les congés ne causent pas vraiment de problèmes.
De plus, je suis persuadée que la maternité est une valeur ajoutée, car il s’agit d’un job multi-tâches et qui nous aide à déterminer les priorités : Depuis que j’ai mes enfants, la qualité de mon travail s’est améliorée de beaucoup, je suis beaucoup plus performante !

Elena Lanzoni et Eléonore Seron

 
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