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Web 2.0 (4) : le journalisme citoyen et le marketing de conversation

Le Web 2.0 orne la presse et la publicité de nouveaux atouts

Sur le Web 2.0, les consommateurs se transforment en producteurs d’informations et les individus disposent des mêmes possibilités de publication que celles d’un journal ou d’un magazine. Quel est l’impact de cette évolution en profondeur sur les médias traditionnels et sur le secteur publicitaire ? Pour répondre en partie à cette question, Ada met en exergue une série de développements susceptibles de modifier en profondeur les professions de journaliste et de créateur publicitaire.

Grâce à la gratuité et à la simplicité d’utilisation des applications Web 2.0 [1] l’activité en ligne de l’utilisateur Internet moyen prend une tournure inattendue. Les blogs, les réseaux sociaux, les entrées Wikipédia, les podcasts et les lecteurs RSS lèvent les barrières technologiques pour diffuser l’information au grand public et pour transformer en un tour de main les consommateurs passifs en producteurs d’informations actifs.

Le Web respire l’optimisme et la voie semble toute tracée pour une démocratisation définitive de la manière dont les connaissances et l’information sont acquises et diffusées. Il semble que les canaux médiatiques traditionnels ont fait leur temps et après les industries musicale et cinématographique [2], c’est maintenant au tour de la presse, de la télévision et de la publicité de s’adapter aux évolutions technologiques si elles veulent résister à la vague déferlante d’Internet.

Mais d’où vient cet optimisme ? Et est-il d’ailleurs justifié ? Dans ce dernier article de la série, Ada aborde en détail ce que l’on appelle les effets "sociaux et démocratisants" du Web 2.0 et son impact sur les secteurs médiatiques et publicitaires traditionnels.

Intelligence collective

Tant dans la "blogosphère" que dans les médias traditionnels, le Web 2.0 est chaleureusement accueilli comme la révolution techno-sociale qui a fini par transformer Internet en ce que le père du réseau des réseaux, Tim Berners-Lee, nous promettait déjà en 1996 : “une plate-forme qui vous permet d’entrer en contact avec d’autres personnes, de trouver des informations de toute nature et de créer et partager n’importe quel type de document”.

La promesse de Berner-Lee "d’intercréativité" [3], un condensé d’interactivité et de créativité, a été complétée en 1997 par le sociologue français Pierre Lévy qui décrivait le cyberespace comme un endroit permettant de rassembler toutes les connaissances individuelles disséminées de manière diffuse et d’amener ainsi l’intelligence collective à un niveau supérieur. Pour résumer, son raisonnement était le suivant : “Étant donné que chacun d’entre nous connaît quelque chose, que personne ne possède la connaissance absolue et que l’ensemble est plus que la somme des composants, si chaque individu place ses connaissances et son expérience sur le net, le Web deviendra une sorte de super cerveau accessible à tous, capable de laisser s’exprimer l’intelligence collective de l’humanité numérique.” [4]

En 2004, le gourou du Web Tim O’Reilly associe les concepts d’intercréativité et d’intelligence collective au terme qu’il a inventé "Web 2.0" : “L’architecture participative sur laquelle se basent les nouvelles applications Web 2.0 est le véritable moteur de la collaboration et de l’échange horizontal de connaissances. Grâce aux effets de réseau, le Web 2.0 débouchera sur une intelligence collective renforcée, une démocratisation de la diffusion des connaissances et un enrichissement personnel de chaque individu participant.” [5]

La démocratisation par les micromédias

La théorie de l’intercréativité, de l’intelligence collective et de la démocratisation semble étincelante, mais qu’en est-il dans la pratique ? Quel est précisément "l’effet démocratisant" du Web 2.0 ? Et cette connaissance collective "sublime" sur le Net est-elle également perceptible ? La réponse nécessite une certaine prudence, car la littérature consacrée au Web 2.0 est limitée et la recherche académique en est encore à ses premiers balbutiements. Toutefois, sur le plan numérique, de nombreux ouvrages ont déjà été publiés sur la démocratisation du Web 2.0. Dans l’esprit de Pierre Lévy, nous avons donc également réalisé un exercice de distillation de "l’intelligence collective" de la blogosphère. Ce qui suit est un aperçu récapitulatif de quelques opinions variées qui ont été publiées sur différents blogs.

Selon de nombreux bloggers, un premier effet démocratisant du Web 2.0 se situe dans la manière dont les actualités, les opinions et les créations audiovisuelles sont publiées. Des logiciels prêts à l’emploi comme Blogger [6] et Wordpress [7] rendent la publication sur Internet extrêmement facile, même pour les utilisateurs aux connaissances techniques limitées. Sur le Web 2.0, des individus ou des groupes créent un blog, d’autres s’adonnent au podcasting ou lancent leur propre station de radio en ligne, d’autres encore utilisent la vidéo. Les frais d’infrastructures pour la création et la publication d’informations (en anglais : content) n’ont jamais été aussi bas. Ceux qui le désirent peuvent disposer aujourd’hui de leur propre micromédia et concurrencer les mass-médias traditionnels pour attirer l’attention du grand public.

Non seulement la production et la publication de l’information traversent un processus de démocratisation, mais il est encore plus important de constater que la manière dont on définit l’actualité se démocratise également. Sur le Web 2.0, le modèle de décision d’un groupe de rédacteurs concernant ce qui doit paraître dans les journaux ou être diffusé à la télévision est entièrement dépassé. En créant des liens [8], en "visualisant" et en votant, ce sont les navigateurs qui déterminent le message de blog le plus populaire dans les "hitlists" des moteurs de recherche, des communautés de contenu ou des "folksonomy" [9]. Ce qui fait l’actualité n’est plus décidé sur un modèle "top-down", mais plutôt "bottom-up".

Une troisième démocratisation du Web 2.0 s’inscrit dans la manière dont les informations sont consommées. Les canaux médiatiques traditionnels sont de type "push-media" : un groupe restreint de mediamakers et de netmanagers décide de ce qui doit être produit et "pousse" ensuite la production sur un canal qui est lu et vu par un important public de consommateurs d’informations passifs. En revanche, Internet est un média de type "pull", car il applique un principe inverse : celui qui désire obtenir des informations doit les attirer vers lui activement en menant des recherches et en cliquant sur des liens [10] .

Une des nouveautés du Web 2.0 est l’apparition d’une série d’applications Web qui facilitent la navigation sur l’océan d’informations et qui permettent de trouver une information précise et pertinente. Technorati [11], Digg [12] et Del.ico.us [13], par exemple, permettent de réaliser des recherches sur les balises que les bloggers insèrent comme descriptions dans leurs fils de discussion. Si l’on trouve un blog qui émet un flux d’informations en RSS, on peut décider de s’abonner au canal d’informations RSS du blog en question [14]. Non seulement l’utilisateur détermine lui-même les informations qui lui sont communiquées, mais également le moment où il désire les consommer. Avec le Web 2.0, l’époque où tout tourne autour du "prime time" est désormais révolue.

Démocratisation de la diffusion du savoir

Outre la démocratisation de la production et de la diffusion des informations, des opinions et des créations, la blogosphère implique également une démocratisation de la diffusion du savoir (scolaire ou scientifique). À cet égard, l’application Web 2.0 la plus connue est sans conteste Wikipedia [15], une encyclopédie en ligne complétée et rédigée en permanence par les utilisateurs d’Internet eux-mêmes.

Sur Wikipedia, chaque auteur opère dans une "architecture participative" horizontale et ouverte (O’Reilly, 2005) : le rôle traditionnel de l’éditeur disparaît et plus personne ne décide de ce qui est ou n’est pas publié. La distinction hiérarchique entre les amateurs et les experts professionnels disparaît également. Sur Wikipedia, les filtres ne se trouvent pas au début, mais à la fin du parcours : n’importe qui peut publier sur Wikipedia, mais dès qu’une définition est en ligne, la communauté contrôle la qualité du contenu au moyen de commentaires, de corrections et de compléments.

Wikipedia est l’exemple le plus pratique de ce que James Surowiecki qualifiait de “sagesse de la masse” en 2004 [16]. Il faisait référence à la valeur ajoutée de l’échange et de l’intégration de connaissances individuelles dans un cadre collectif qui contrôle et synthétise les apports de chacun. Appliquée à Wikipedia, la qualité des définitions est contrôlée collectivement afin d’engendrer un savoir plus intelligent que celui proposé par des experts agissant de manière individuelle.

Le journalisme citoyen

Le pouvoir de démocratisation du Web 2.0 a également été largement illustré par l’auteur américain Dan Gilmor [17] qui décrit les nouvelles applications de rédaction collective sur le Web comme une chance historique pour rompre le monopole des mass-médias traditionnels. Les blogs, les entrées sur Wikipedia et les communautés de contenu, écrit Gilmor, représentent un porte-voix pour les citoyens qui peuvent donner une "deuxième lecture" à la version des faits avancée par les intérêts commerciaux du média établi. Selon Gilmor, la blogosphère est une forme précieuse de journalisme citoyen qui offre une alternative à "l’arrogance des mass-médias qui ont perdu tout sens critique en raison de leur conservatisme”.

Voix critiques

Au milieu de toute cette euphorie concernant la démocratisation du Web 2.0, on devine quelques voix critiques qui font de l’ombre à l’envoûtement du discours et atténuent la vague d’hyperoptimisme.

Une critique récurrente concerne la qualité des informations diffusées via les applications Web 2.0. Les informations les plus lues, plébiscitées ou référencées sur le Net sont souvent les plus absurdes, grotesques, choquantes, voire argotiques. Le risque est très élevé de voir quelqu’un d’exigeant en termes "d’intelligence collective" ou de "sagesse des masses" revenir frustré de ses pérégrinations sur YouTube, MySpace, Digg ou Technorati. Ainsi, nombreux sont ceux qui ont vu leur enthousiasme initial se transformer en dédain pour tout ce qui touche au Web 2.0 …

Harry Frankfurt [18], Nicholas Carr [19] et Andrew Keen [20] sont les instigateurs d’un discours qui critique avidement l’amateurisme sur le Web 2.0. Selon ces auteurs, le Web 2.0 est un forum réservé aux charlatans et aux baratineurs qui fournissent du contenu peu fiable ou de mauvaise qualité et qui ne font qu’augmenter le "bruit" sur le Net. Selon eux, il règne sur le Web 2.0 un "culte de l’amateurisme" qui est plus néfaste que bénéfique pour la société. La rédaction collective ne pose aucune exigence en termes de précision et de valeur ajoutée des contenus. Dans le même ordre d’idées, l’optimisme de Gilmor à l’égard du journalisme citoyen soulève beaucoup de critiques : “Celui qui, grâce à un progiciel convivial, est capable de publier de manière rapide et efficace n’est pas un journaliste pour autant, et encore moins un expert”, entend-t-on.

Une deuxième critique met à mal le fonctionnement démocratisant du Web 2.0, en premier lieu parce que seulement 5 à 10% du public Internet utiliseraient ces applications. La naïveté du discours démocratisant n’est pas prise très au sérieux par bon nombre d’auteurs. Alejandro Piscitelli [21] écrit : “La croyance utopique et technocratique selon laquelle les outils informatiques changeront le monde de manière automatique et irréversible témoigne de tant d’ignorance et d’arrogance que cela semble presque enfantin dans la bouche des adultes.”

En outre, de nombreux commentateurs affirment que les nouvelles applications Web 2.0 prescrivent de nouvelles normes en matière d’alphabétisation numérique et creusent encore davantage le fossé numérique entre les citoyens. Dans la publication espagnole "Planeta web 2.0", Cristobal Cobo et Hugo Pardo écrivent : “Le technophile qui, il y a 10 ans, osait encore se qualifier "d’avant-garde", mais qui ne peut plus suivre le rythme actuel des nouvelles applications fait immanquablement partie aujourd’hui, en jargon Web 2.0, d’un appareil de production numérique archaïque et inefficace.” [22]

Le "savoir collectif sublime", la démocratisation et l’émancipation qui en découlent restent des notions théoriques sans une alphabétisation numérique approfondie, expliquent Cobo & Pardo : “Sans une connaissance approfondie des nouvelles technologies afin de gérer, trier, intégrer et évaluer les informations présentes sur le Web 2.0, l’individu sera confronté à une profusion confuse d’informations qui engendrera plutôt la pauvreté que l’enrichissement numérique.”

Les auteurs se demandent si la manière dont on choisit les informations qui prédomineront sur le Web 2.0 reflète une véritable démocratisation de la production d’informations : “Les canaux d’information sur le Web 2.0 sont en effet multiples, mais peu sont véritablement indépendants. De plus, selon la théorie des réseaux, ces derniers se développent grâce à ce que l’on appelle le "preferential attachment" : si l’on a le choix entre deux nœuds, on choisira toujours le nœud qui assure une liaison avec le nœud le plus connecté. Sur le Web 2.0 également, les hubs les plus riches deviennent de plus en plus riches et c’est une minorité de leaders d’opinion bien "connectés" qui domine le réseau. Par le fonctionnement même de ce phénomène, des milliers de voix isolées sont écartées des hit lists du Web 2.0.”

Une dernière critique concerne l’euphorie à l’égard des effets sociaux du Web 2.0, comme l’affirmation selon laquelle une intercréativité accrue engendre également une communauté plus durable. Selon Eriksen [23], l’abondance d’informations liée à l’intercréativité engendrera justement l’inverse : “En filtrant les informations qui ne nous intéressent pas, on réduit les chances de faire des trouvailles : les rencontres inattendues avec des expériences et des opinions différentes des nôtres, mais qui, dans une société fragmentée et hétérogène, sont extrêmement importantes pour la compréhension mutuelle et la cohésion sociale.”

Pub 2.0

Outre les changements évoqués en matière de communication des informations, le Web 2.0 engendrera également une évolution dans la manière de communiquer les messages publicitaires traditionnels. Au début 2006 déjà, le journaliste néerlandais-chilien Paul Beelen publiait un "livre blanc" [24] qui résumait en une vingtaine de pages les changements annoncés. Il pose ainsi deux questions : quels sont précisément les changements qui interviennent et comment le secteur publicitaire doit-il s’adapter à ces changements ?

La sensation du Web 2.0 et les journaux jaunis

Non seulement, le Web 2.0 donne davantage de pouvoir au public concernant ce qu’il convient de voir, d’écouter ou de lire, mais dans le domaine des breaking news, le journalisme citoyen l’emporte également sur la presse traditionnelle.
À Londres, lorsque plusieurs bombes explosent simultanément le 7 juillet 2005, il n’a fallu que quelques heures pour voir apparaître des centaines de photos labellisées "London bombings" sur Flickr. Ce jour-là, moblog.co.uk, un autre site de photos, a également enregistré plus de 36.000 visiteurs. Naturellement, ces mêmes photos faisant la une des journaux le lendemain avaient déjà un air de déjà vu.

Un premier changement important concerne la chute des statistiques de lecture, d’écoute et d’audience des canaux médiatiques traditionnels comme les journaux, la radio et la télévision. De plus en plus de gens consomment des actualités et du divertissement sur Internet. Le Web 2.0 avec ses diffusions RSS, les micromédias, les communautés de contenu et les sites de réseaux sociaux n’y est certainement pas étranger. Au lieu de lire le journal local, d’écouter la radio ou de regarder la télévision, de plus en plus de surfeurs regardent des séquences vidéo sur Youtube, lisent des nouvelles via Bloglines, se font des amis sur MySpace ou écoutent un podcast...

Un deuxième grand changement auquel le secteur publicitaire devra réagir est la fin du principe d’asymétrie de l’information : un producteur en sait plus sur le produit qu’un consommateur, et il utilisera ce savoir pour inciter davantage de consommateurs à acheter le produit. Si l’opinion publique considère le produit comme techniquement inférieur, le producteur s’efforcera de corriger la situation avec une campagne publicitaire.

L’effet d’une telle campagne dépend de l’intensité des contacts entre les consommateurs ayant déjà testé le produit en question. Et c’est là où le bât blesse : sur le Web 2.0, les consommateurs sont plus que jamais reliés entre eux. Sur les forums, les blogs et les articles Wikipedia, les consommateurs se laissent aller, souvent pour divulguer des défauts techniques (cf. "Astuce Kryptonite") ou se plaindre d’un service défaillant (cf. "Dell Hell").

Astuce Kryptonite : "Le stylo à bille plus puissant que le cadenas"

Le 12 septembre 2004, quelqu’un écrit sur Bikeforums.net [25] qu’un cadenas pour vélo de la marque Kryptonite peut s’ouvrir à l’aide d’un simple stylo à bille. Le lendemain, le récit se voit confirmé par une petite vidéo de démonstration. Plus tard, l’information est reprise par Engadget.com [26], l’un des blogs consacrés aux gadgets et aux technologies les plus lus au monde. Énormément de bloggers créent des liens qui renvoient à l’affaire et cinq jours plus tard, l’astuce est dévoilée dans le New York Times, sous le titre "Le stylo à bille plus puissant que le cadenas" [27]

Après la parution de l’article dans le New York Times, l’entreprise Kryptonite se décide à réagir et les cyclistes trompés peuvent alors échanger leur modèle peu sûr contre une version plus sécurisée [28]. Néanmoins, la réaction est arrivée beaucoup trop tard et la marque Kryptonite a perdu une grande part de la confiance des consommateurs.

Source : The Art of Listening

"Dell Hell"

En juin 2005, Jeff Jarvis se plaint sur son blog de la mauvaise qualité du service après vente de Dell [29]. En quelques jours, son message recueille 253 commentaires de bloggers ayant vécu la même expérience. La nouvelle s’est répandue à la vitesse de l’éclair dans la blogosphère et a été reprise par des canaux médiatiques traditionnels comme le New York Times, The Guardian, le Washington Post et le Wall Street Journal. Le chiffre d’affaires commença à diminuer et en octobre 2005, Dell publiait des pertes inattendues. Une étude [30] a démontré que Jeff Jarvis avait eu une grande influence sur ce que l’on a appelé plus tard "Dell Hell" : une catastrophe qui a frappé de plein fouet les titres de Dell.

Source : Measuring the influence of bloggers on corporate reputation

De nos jours, il est fréquent qu’une personne désirant acheter un appareil photo numérique ou une voiture écume d’abord Internet pour connaître l’opinion d’autres consommateurs. Un producteur qui essaye de dissimuler la vérité dans une campagne publicitaire ou qui ment sans détours n’a pas l’ombre d’une chance dans un tel environnement. Le consommateur privilégie l’avis des autres consommateurs au détriment des arguments publicitaires du producteur. Sur le Web 2.0, le principe de "l’asymétrie de l’information" a subi des dommages irréparables...

Comment le secteur publicitaire doit-il s’adapter à ces changements ? “Tout d’abord, en reconnaissant que quelque chose a changé et qu’il est impossible de faire marche arrière. Qu’on le veuille ou non, le monde de la publicité devra se réinventer”, estime Paul Beelen.

Une nouvelle approche consiste à axer les messages publicitaires sur le public cible qui visite les nouveaux micromédias. Aujourd’hui, il n’est plus raisonnable d’affecter tous les budgets publicitaires aux mass-médias traditionnels. Grâce à des fonctions de recherche très puissantes [31], les annonceurs peuvent atteindre facilement le public cible sur le Web 2.0. Par exemple, pour les vendeurs de croquettes pour chiens, il est intéressant de faire de la publicité sur un micromédia visité par les amoureux de ces animaux. Ceux qui vendent du matériel de camping feraient bien de concentrer leurs annonces sur un blog consacré à l’aventure en plein air [32].

Le message serait : ne dépensez plus des millions dans un spot télévisé qui sera vu par un public très large mais peu intéressé. En outre, le Web 2.0 offre de nouvelles possibilités aux spécialistes du marketing. Grâce au croisement de différentes banques de données (data-mining) [33], un producteur de couches-culottes, par exemple, est en mesure de localiser les individus qui ont enregistré une émission sur les jeunes parents à l’aide de leur magnétoscope numérique, qui ont acheté des livres sur l’allaitement sur Amazon.com ou qui écoutent régulièrement des podcasts relatant des expériences parentales...

Une deuxième approche nécessite un contrôle permanent de la conversation en ligne relative à votre produit. Le fait de ne pas réagir ou de réagir de manière incorrecte aux réclamations publiées par des bloggers peut nuire fortement à votre réputation. À l’inverse, les messages contenant des avis positifs représentent la forme rêvée de publicité, le bouche à oreille : une publicité gratuite et provenant d’une source fiable. En outre, tous ces récits et rumeurs numériques peuvent également faire l’objet de statistiques précieuses !

Pratiques d’excellence

Le 15 juillet 2005, Dan Entin écrit sur son blog personnel que son déodorant préféré, Degree Sport, n’est plus disponible dans les magasins qu’il a l’habitude de fréquenter [34]. Quelques jours plus tard, il reçoit un message de Mike Fortner, le manager Unilever de la marque Degree Sport. Le département marketing d’Unilever avait suivi la conversation dans la blogosphère et était tombé sur le message de Dan.

Pour remercier Dan de sa confiance à l’égard du produit, Unilever lui a envoyé une liste de points de vente, mais aussi une boîte de déodorants gratuite. Grâce à cette réaction rapide, avec Dan, Unilever a gagné un "client pour la vie" [35].

Une troisième approche repose sur la présence active dans la blogosphère, ce que l’on appelle dans le jargon le "marketing de conversation". L’art consiste à émettre sur différents blogs des messages publicitaires non plus dans la langue "artificielle" connue, mais dans un langage beaucoup plus "personnel", "authentique" et "naturel". Plusieurs entreprises vont plus loin et lancent elles-mêmes un blog pour que les consommateurs qui recherchent des informations puissent contacter l’entreprise de manière beaucoup plus personnelle.

Mais attention à la dérive qui consiste pour les entreprises à utiliser le personnel du département marketing pour submerger la blogosphère de messages positifs sur leur produit. On connaît désormais les exemples des flogs liquidés (fake blogs) www.journaldemapeau.fr et www.thezeromovement.com (voir l’encadré). Parmi les autres exemples, on trouve ce que l’on appelle les "petits amis" sur MySpace qui, sous une fausse identité, ne cessent de répéter la marque des jeans qu’ils viennent d’acheter…

Flogs
- www.journaldemapeau.fr
Au début 2005, Vichy, la marque de cosmétique du groupe français L’Oréal, décide d’investir la blogosphère. Pour le lancement d’une nouvelle crème antirides, Vichy demande à une agence publicitaire de créer un blog autour d’un personnage fictif : Claire.

"Claire" faisait de son mieux pour paraître naturelle et se plaignait de son âge, de ses rides et de son manque de sommeil. Cependant, sa façon d’écrire était raffinée et forcée, et sur sa photo, Claire ressemblait plus à un mannequin professionnel qu’à quelqu’un qui doit lutter contre les rides [36].

En une heure à peine, Claire fut démasquée et Vichy fut accusée de nuire à la confiance de la blogosphère. Vichy présenta ses excuses et engagea plusieurs bloggeuses pour s’amender [37]. Entre-temps, la deuxième tentative fut retirée du Net par Vichy [38].

- www.thezeromovement.com
Pour rendre leurs produits plus attrayants pour les hommes, de nombreuses marques ont rayé le mot "diet" des noms de produits. Ainsi, la version "light" de Coca-Cola est devenue "Coke Zero".

Une partie moins connue de cette campagne fut la création du weblog "www.thezeromovement.com" qui ne mentionnait aucun lien vers son commanditaire Coca-Cola. Sur le blog, on trouve le radotage typique d’un gars qui fulmine contre la pression de la société et qui prétend que tout serait beaucoup plus simple si on adoptait la "zero attitude"  [39].

Cette tentative de participer à la blogosphère de manière trompeuse fut également rapidement démasquée. Un simple "who is" [40] révéla que le nom de domaine avait été enregistré par The Coca Cola company.

Que ce soit éthique ou non, on constate une tendance claire des campagnes ou publicités qui semblent vouloir participer au contenu, au lieu de se limiter à la forme. Les plus beaux exemples sont les très populaires séquences "user generated" sur YouTube dans lesquelles des produits de Nintendo, Coca-cola ou Apple sont fortement mis en avant... :


Nintendo Sixty-FOOOOOOOOOOUR (plus de 5 million de visionnages)


Diet Coke + Mentos (plus de 4 million de visionnages)


My iPhone Diary (plus de 1 million de visionnages)

Lize De Clercq
octobre 2007

[1] Pour une définition du Web 2.0 et un aperçu des applications, lisez l’article d’Ada sur les médias sociaux Les communautés virtuelles modifient le paysage médiatique

[2] Vous trouverez de plus amples informations sur les problèmes qui frappent les secteurs de la musique et du cinéma dans l’article d’Ada La technologie peer-to-peer met les droits d’auteurs sous pression

[3] Berners-Lee, Tim. On Simplicity, Standards, and Intercreativity,1996, The W3C Team World Wide Web consortium, Journal 3.

[4] Lévy, Pierre. 1994. L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace. La Découverte, Paris. Paperbook uitgave in 1997

[5] O’Reilly, Tim. 2005. What Is Web 2.0 ? Design Patterns and Business Models for the Next Generation of Software. O’Reilly Network.

[6] http://www.blogger.com

[7] http://www.wordpress.com

[8] PageRank, la formule magique à la base du moteur de recherche de Google, veille à ce que les pages référencées de manière répétée par d’autres pages obtiennent également des scores élevés dans les résultats de recherche de Google.

[9] Pour davantage de détails et d’exemples, lisez l’article d’Ada Les communautés virtuelles modifient le paysage médiatique

[10] de : Blogging and the emerging media ecosystem. John Naughton. Background paper for an invited seminar to Reuters Fellowship, University of Oxford, November 8, 2006.

[11] http://technorati.com

[12] http://www.digg.com

[13] http://del.icio.us

[14] Pour une définition de RSS et davantage de détails sur la syndication, lisez l’article d’Ada Les communautés virtuelles modifient le paysage médiatique

[15] Pour en savoir plus sur Wikipedia, lisez l’interview paru dans Ada Partage avec "Mme Wikipédia"

[16] Surowiecki, James. 2004. The Wisdom of Crowds : Why the Many Are Smarter Than the Few and How Collective Wisdom Shapes Business, Economies, Societies and Nations.

[17] Gillmor, Dan. 2004. We the Media. Grassroots Journalism by the People, for the People.

[18] Frankfurt, Harry. 2005. On Bullshit.

[19] Carr, Nicholas. 2005. The amorality of Web 2.0

[20] Keen, Andrew. 2007. The cult of amateur. How today’s internet is killing our culture. Double Day/Currency. New York.

[21] Piscitelli, Alejandro. 2007. Prologue de Planeta web 2.0 (voir [22])

[22] Cobo, Cristobal & Pardo, Hugo. 2007. Planeta web 2.0. Inteligencia Colectiva o medios fast-food.

[23] Eriksen, Thomas Hylland. 2001. Tyranny of the Moment. Fast and slow time in the Information age. Sterling, Pluto Press.

[24] Beelen, Paul. 2006. Advertising 2.0. What everybody in marketing, advertising and media should know about the technologies that are reshaping their business.

[25] http://www.bikeforums.net

[26] Kryptonite Evolution 2000 U- Lock hacked by a Bic pen, Engadget.com, 14 september 2004

[27] The Pen Is Mightier Than the Lock, New York Times, 17 september 2004.

[28] Bicycle Lock Manufacturer to Provide Free Replacements to Owners of Easily Picked Models, New York Times, 23 september 2004

[29] Pour l’intervention originale de Jeff Jarvis, voir "Dell lies. Dell sucks"

[30] Measuring the influence of bloggers on corporate reputation, , une étude de Marketsentinel.com, Onalytica.com et immediatefutere.co.uk, décembre 2005.

[31] Technorati par exemple, est un moteur de recherche spécialisé qui explore la blogosphère sur la base des mots clés (tags) que les bloggers collent dans leurs messages.

[32] Pour davantage de détails sur la publicité en ligne, lisez l’article d’Ada Le web redevient une source de revenus

[33] Pour davantage de détails sur le data-mining, lisez l’article d’Ada Les consommateurs travaillent gratuitement pour le web 2.0

[34] Degree Sport : where have you gone ?

[35] I found my deodorant and Unilever found me !

[36] Case Study : The Fall and Rise of Vichy

[37] Le journal de ma peau, le retour !

[38] ’L’affaire Vichy’ a été largement décrite par le célèbre blogger français Loïc Lemeur dans son article : Blog de marques et de chefs d’entreprise

[39] Coke Lies, Misleads With Fake ’Zero’ Blog

[40] http://www.betterwhois.com/bwhois.cgi ?domain=thezeromovement.com&x=0&y=0

 
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