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Fête de l’Internet chez Cyber53

Et Internet sauva la femme ?

Lors des fêtes de l’Internet, Cyber53 a organisé une table ronde ayant pour titre : « Et l’internet sauva la femme ? ». Y ont participé madame Dupuis, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, des associations qui organisent des initiations à l’informatique pour femmes, ainsi que Flora et Esnet(1).

L’élément genre dans la fracture numérique, un mythe ?

Madame la ministre Dupuis a commencé son intervention de manière volontairement provocatrice en rappelant que la fracture numérique est rarement une fracture de genre, mais bien plus souvent une fracture de niveau scolaire, et une fracture d’âge(2) : les femmes utilisent l’Internet à 45 %, contre 60% pour les hommes, et l’écart a tendance à se réduire. Ensuite, elle à souligné que dans la lutte contre les discriminations basées sur le genre, l’alphabétisation numérique n’était pas une priorité : les problèmes dans l’accès à l’emploi et dans la répartition des tâches ménagères sont des angles d’attaque que l’on ne peut pas négliger, et qui ont un impact bien plus fort sur la vie des femmes. Pour elle, c’est en favorisant l’accès à l’emploi et l’émancipation des femmes que l’on peut réduire la fracture numérique, et pas l’inverse. Enfin, en tant que ministre de l’enseignement, elle ne pouvait pas ne pas rappeler que l’alphabétisation numérique n’est pas l’alphabétisation. . En effet, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture joue un rôle essentiel dans la genèse de la pensée, ce qui justifie qu’il reste la première priorité. Enfin, elle a formulé trois souhaits : la mise en place d’un centre de référence dans les nouvelles technologies à Bruxelles, l’identification de nouvelles pédagogies associées à l’informatique et l’introduction, dans toutes les formations qualifiantes, de cours d’informatique et de langues.

Sur le terrain, autre son de cloche.

Son intervention a été suivie par la présentation par des associations de leur travail de terrain, notamment par le collectif des femmes de Louvain la Neuve, et kureghemNET vzw. Ces deux associations, comme cyber53 et d’autres, organisent des ateliers d’initiation Internet pour femmes uniquement. Mises un peu sur la défensive par l’intervention de madame Dupuis, elles ont pourtant souligné avec enthousiasme l’importance de leurs modules d’initiation. Les expériences qu’elles ont racontées, les aventures qu’elles vivent dans leurs associations, ont convaincu la salle que, même si la ministre a sans doute raison de relativiser l’importance des initiations en informatique pour femmes, ces modules ne sont pas pour autant du temps perdu, loin de là. Elles ont en effet montré que l’outil informatique est chargé, pour les femmes, de représentations tellement fortes qu’elles en sont parfois incapacitantes, et que, après une formation, elles sont transformées dans leur rapport à la technique, et au-delà.

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© Cyber53

Les pratiques de ces associations donnent en effet une image impressionnante de l’informatique comme outil de prise d’autonomie, de repositionnement au coeur de la famille et du tissu social. Les nouvelles technologies sont chargées d’une image de modernité, de pouvoir, et savoir se servir de l’ordinateur, comprendre ce que les enfants en font, permet à ces femmes de ne pas se sentir dépassées par leur progéniture… Pour les femmes d’origine allochtone, la possibilité de contacter par Internet la famille à l’étranger est aussi un point très important.

Parce qu’en apprenant l’informatique on se surprend soi-même à faire quelque chose que l’on croyait inaccessible, l’initiation informatique est outil d’émancipation et de prise de confiance en soi pour les femmes, un moyen d’acquérir quelque chose en plus que la compétence technique.

Ce que disaient aussi ces associations, c’est que si pour certaines femmes, l’apprentissage se fait mieux dans des groupes mixtes, pour d’autres il ne peut se faire que dans un groupe non mixte. Celles qui ont eu l’occasion de visiter certains cybercafés l’ont appris à leur dépend : les « pop-up » de sites pornographiques, par exemple, ne sont pas vraiment des motivations à l’apprentissage des nouvelles technologies… Selon elles, pour que certaines femmes puissent avoir un accès égal aux nouvelles technologies, il faut que celles-ci soient aussi présentes dans des espaces reconnus et marqués comme féminins, en évitant les barrages que peut induire, pour l’une ou l’autre raison, un espace mixte. En outre, a souligné madame Way Way du Collectif des Femmes de Louvain la Neuve, l’adaptation des formations aux rythmes et aux approches des femmes est important, même si les contenus de l’apprentissage sont les mêmes que dans une formation mixte.

La société change en intégrant les nouvelles technologies, certaines informations sont disponibles maintenant uniquement par ce biais : comment accepter dès lors que le genre, cumulé ou non avec d’autres types de discrimination, ne soit pas pris en compte dans les politiques d’alphabétisation numérique ? Si, pour découvrir les nouvelles technologies, certaines personnes ont besoin de méthodes pédagogiques, de lieux, de moments particuliers, c’est le rôle des associations de les mettre en place sur le terrain, et manifestement, elles font ça à merveille !

Anne-Laure Buisson
Mai 2005

Notes & liens
(1) Flora, réseau pour la formation et la création d’emplois et Esnet dont les buts sont d’encourager les organisations de l’économie sociale et solidaire à mieux s’approprier les TIC ; et de mettre en avant les réponses pratiques et théoriques de ce secteur à la réduction de la fracture numérique.
(2) Ce sont les personnes peu scolarisées, ou âgées, qui ont le plus peur de l’informatique, cf. l’étude de Keith Roe and Agnetha Broos [2004] Marginality in The Information Age.

Coordonnées des associations

Cyber53
47, rue Malibran - 1050 Bruxelles
Tel : 02/648 95 94

KureghemNET vzw
110, G. Moreaustraat - 1070 Brussel
Tel : 02/520 36 71

Collectif des Femmes asbl
17-19, rue des Sports - 1348 Ottignies-Louvain-la-Neuve
Tel : 010/47 91 85

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