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Interview avec Gaëlle, monteuse à la RTBF, la radio-télévision francophone de Belgique.

Le montage numérique permet aujourd’hui une souplesse inédite à tous les raconteurs d’histoires visuelles. La preuve avec Gaëlle, spécialiste du Journal Télévisé...
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Bonjour Gaëlle, peux-tu nous expliquer en deux mots en quoi consiste ton métier de monteuse à la RTBF ?

En deux mots, je dirais que mon métier consiste à raconter des histoires avec des images, en collaboration avec un journaliste qui lui, les raconte avec des textes. Le journaliste arrive avec sa cassette et d’abord, je dois tout digitaliser : ça veut dire que je passe toute la matière dans l’ordinateur. Ensuite le travail de montage commence en collaboration avec le journaliste : on décide ensemble quelles images choisir en fonction du texte ; mais il arrive aussi que nous décidions de modifier un peu le texte en fonction des images. Une fois le montage des images terminé, j’enregistre les images sur une cassette que je donne au journaliste, qui, lui, lira le texte et ajoutera donc le commentaire aux images.

Comment es-tu arrivée à cette profession ?

J’ai été formée à l’IAD, l’institut des arts de diffusion, en trois ans, en script et montage : c’est une double formation qui permet d’avoir les deux métiers à la sortie. Ce qui m’a poussée vers cette profession est ma passion pour le narratif et le conte ; le montage pour moi, c’est raconter des histoires, c’est un métier très créatif. Ce que je trouve très passionnant est aussi la rencontre avec les autres : on est amené à travailler en équipe et on découvre des gens, des personnalités totalement différentes. Et puis, on apprend beaucoup sur le monde, parce que les journalistes vont faire des sujets sur des thèmes qui parfois ne nous intéressent pas forcement a priori, mais qu’on a alors l’occasion de découvrir.

S’agit-il d’un métier très technique ? Quel rôle l’informatique joue-t-elle dans ton métier ?

L’informatique est omniprésente dans le montage : toute la matière est digitalisée, montée en numérique et diffusée à travers des ordinateurs, via des logiciels spécialisés. A l’époque où j’ai fait mes études à l’IAD, l’informatique était très peu présente. Moi, j’ai monté en pellicule, en vidéo et dans la dernière partie de la troisième année, j’ai fait un peu de virtuel mais pas beaucoup. Je sais que maintenant, ils ont développé une section multimédia, et que l’informatique est beaucoup plus présente. En ce qui me concerne, c’est un peu sur le terrain que j’ai dû apprendre à manipuler l’ordinateur de montage et forcément je me suis adaptée à l’informatique.

Aimes-tu ce côté technique de ton métier ?

La technique c’est un moyen à maîtriser pour pouvoir créer un bon sujet. L’informatique est venue malgré moi… Comme je me suis vue confrontée à l’informatique pour pouvoir travailler, j’ai évidement voulu pousser mes connaissances pour pouvoir maîtriser mon outil de travail. Ensuite j’ai été amenée à former des gens à l’outil informatique que nous utilisons, AVID. C’est une partie de mon travail que j’aime beaucoup car j’aime bien former les gens. Cela me permet de rentrer en relation avec des personnes que je n’aurais pas eu l’occasion de connaître autrement et j’ai envie de leur apprendre cet outil qui leur permet par après de construire de bons sujets pour le JT.

Peux-tu nous expliquer comment ton métier a évolué avec l’arrivée de l’informatique ?

Dans le temps, tout montage d’image et de son se faisait avec la pellicule, que ce soit film ou journal télévisé il n’y avait pas de différences. Ensuite la vidéo est apparue et pendant quelques décennies, on a travaillé sur des bancs de montage de vidéo « linéaire ». Pendant cette période, on pouvait monter sur une bande des morceaux de séquences filmées mais on ne pouvait pas, par la suite, changer la position des séquences, par exemple. Si le résultat ne convenait pas, il fallait tout recommencer. C’est l’arrivée des images numériques qui a apporté toute la souplesse dont on bénéficie maintenant : on peut changer l’ordre de l’histoire à tout moment, l’enchaînement des images, etc.

Penses-tu qu’il y aura encore une évolution en termes d’impact de l’informatique sur un métier comme le tien ?

Sans aucun doute. La RTBF va créer ce que nous appelons un « réseau no tape », c’est-à-dire sans cassettes : après le montage il n’y aura plus de cassettes, mais des fichiers d’images montées auxquels on rajoutera le commentaire du journaliste et qu’ensuite on diffusera. Tout cela se fera via ordinateur, tous les fichiers seront stockés dans de gros ordinateurs de la RTBF. Ensuite, à mon avis, dans l’évolution du métier, viendra le jour où il n’y aura plus de cassettes, même pas au tournage. Ce seront probablement des cd-rom ou d’autres types de support qui peuvent emmagasiner un nombre plus important d’images.

Combien de collègues femmes as-tu et combien d’hommes ?

Parmi les monteurs, c’est à peu près moitié-moitié. Je dirais que les deux sexes se partagent les secteurs : les hommes sont plus canalisés dans le sportif et le journal télévisé et les femmes sont un peu partout mais beaucoup moins dans le sport.

Y a-t-il des problèmes particuliers au fait d’être une femme, dans ton milieu ?

Il n’y a pas d’avantages à être une femme ou à être un homme, à ce niveau-là en tout cas c’est assez égalitaire. Le problème est qu’on est souvent confronté à des hommes au pouvoir, que ce soit les éditeurs, les rédacteurs en chef …Parfois il peut y avoir de la pression au niveau du pouvoir, mais c’est moins les monteurs que les journalistes et les réalisateurs qui sont soumis à cette pression et à ce pouvoir-là. Par contre quand on a des enfants, évidemment, il peut se créer des problèmes puisque au niveau du Journal Télévisé, on a des horaires très longs qui peuvent aller de 8 heures à 19 heures. Il n’est pas rare de voir des enfants qui jouent dans les couloirs de la RTBF pendant que maman ou papa attend la nouvelle de la mort du pape, par exemple. Je pense qu’à ce niveau-là, les entreprises devraient faire un peu plus d’efforts quant à l’organisation de la vie de famille de leurs employés.

As-tu souvent des longues journées ? Comment t’organises-tu ?

C’est un peu particulier, car le journal télévisé impose des contraintes que d’autres émissions n’ont pas. On travaille souvent à la dernière minute car il ne faut pas oublier qu’il y a des éditions à heures fixes : on a un journal télévisé à 12h45 ; à 19h45 et à 22h40, et que les sujets qu’on montre aux téléspectateurs sont tous d’actualité. Dès qu’il se passe quelque chose d’important, il y a un journaliste et un caméraman qui sont envoyés in situ, ils ramènent des images qu’ensuite moi et mes collègues, nous devons monter et diffuser dans l’édition du journal télévisé qui suit. Il n’est pas possible de partir plus tôt aujourd’hui et de prolonger le lendemain ! Au niveau des autres émissions, on peut sans doute s’arranger plus facilement pour agencer un peu nos horaires, mais au journal télévisé, ce n’est pas possible !

Comment arrives-tu à gérer le stress ? As-tu la possibilité de récupérer et de te détendre ?

C’est vrai qu’il s’agit d’un travail stressant, mais d’un autre côté, on vit les événements au moment où ils se produisent. Il y a un côté fort excitant là dedans. Nous avons évidemment la possibilité de récupérer nos heures, il y a un système d’horaires fluctuants qui a ses avantages ! Si on travaille les week-ends et les jours fériés on récupère ces jours-là en semaine, quand les autres travaillent ! On peut aller faire des courses à son aise ou organiser des activités en dehors du boulot. Par exemple, moi je suis conteuse et je profite de mes journées de récupération pour lire, pour écrire des contes et pour aller les raconter. Cette activité nourrit aussi mon travail de monteuse : on peut dire que je raconte des histoires dans mon travail et dans mon temps libre.

Que dirais-tu aux personnes qui auraient envie d’exercer ce métier ?

Je leurs dirais qu’être monteuse c’est un travail passionnant et amusant, qui permet d’apprendre beaucoup et de rentrer en relation avec beaucoup de personnes intéressantes. Et enfin, je leur dirais de ne pas avoir peur du côté technique du travail parce que la technique ça s’apprend ! La preuve c’est que moi-même, j’ai appris, et que maintenant, j’apprends à mes collègues la technique de mon métier.

 
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