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Les femmes et les métiers de l’informatique

Un projet européen qui renverse quelques idées reçues

WWW-ICT est une recherche européenne qui a pour but de réduire le gender gap et de promouvoir l’égalité des chances dans les professions des TIC. Les résultats communiqués à Paris le 24 mai 2004 par des équipes de recherches en provenance de 7 pays différents vont l’à encontre de bien des idées reçues dans le domaine.

Le projet européen www-ict (Widening Women’s Work in Information and Communication Technology 2002-2004) s’est clôturé lundi 24 mai 2004 à Paris par une conférence qui présentait ses principaux résultats. Les différentes équipes de recherche se sont intéressées à l’orientation et aux carrières des femmes dans les métiers des TIC en menant des études de cas et des interviews biographiques dans sept pays : Autriche, Belgique, France, Irlande, Italie, Portugal, Royaume-Uni (1).

Voici quelques éléments à retenir de cette journée.

Des résultats à l’encontre des hypothèses traditionnellement entendues

Les femmes aiment la technique

La première surprise de cette enquête est que les femmes informaticiennes interrogées ne semblent pas avoir de problème particulier avec la technique. Pour la plupart des femmes interviewées, la technique est au contraire attractive, fascinante, stimulante.

Le rôle de la famille ou encore la rencontre précoce avec un ordinateur n’est pas déterminant pour choisir ensuite une carrière dans les TIC

Sur les 107 femmes interviewées, très peu avaient un père exerçant dans des métiers techniques et elles n’avaient pas d’ordinateur à la maison. S’il y a un modèle parental qui a fonctionné chez ces femmes, c’est plutôt celui de leur mère qui leur a appris l’importance d’avoir une indépendance financière.

La difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle ne chasse pas particulièrement les femmes en poste.

Les employeurs souhaitent peut-être embaucher des femmes mais ils ne savent pas comment s’adresser à elles pour les recruter

Les employeurs disent souvent qu’ils aimeraient embaucher des femmes mais qu’ils n’en trouvent pas. Pourtant, deux entreprises du Royaume-Uni obtiennent des taux de féminisation tout à fait étonnants (50% du management est féminin pour l’une, 75% des employé-e-s sont des femmes chez l’autre). Dans le cas de la première entreprise, il s’agit de mesures positives envers les femmes et d’une volonté militante de construire une entreprise non sexiste. Dans le cas de la seconde, la volonté de limiter les coûts de turn-over ont amené l’entreprise à mettre en place des mesures en faveur de l’aménagement du temps de travail et d’envisager d’autres types de recrutement (recrutement par habilités, par exemple). Ces deux entreprises sont en excellente santé financière et sont des exemples fréquemment cités pour leur gestion des ressources humaines.

Les métiers des TIC ne sont pas spécialement des métiers scientifiques

Il n’y a pas de trajectoire type permettant d’intégrer les métiers des TIC. Les trajectoires sont multiples, les points d’entrée très divers. Beaucoup de femmes arrivées dans ces métiers après une réorientation n’avaient à l’origine aucun bagage technique ou scientifique. Ces réorientations sont souvent provoquées par des rencontres, des hasards, des opportunités…

Quelles sont les pratiques réellement « bonnes » ?

Après de nombreuses campagnes de sensibilisation dans la plupart des pays européens (et particulièrement au Royaume-Uni), on peut se demander pourquoi nous sommes toujours devant ce même constat : la part des femmes dans les métiers et les études liées aux TIC, loin de progresser, affiche une légère régression.

Les équipes de recherche ont recensé soixante pratiques à travers l’Europe, afin d’essayer de comprendre pourquoi certaines sont efficaces et d’autres pas, pourquoi globalement, nous n’avons pas tellement progressé. Trois caractéristiques principales peuvent expliquer leur efficacité limitée :

  • 60% des pratiques de sensibilisation sont tournées vers les femmes et les jeunes filles exclusivement, négligeant d’autres importants acteurs du changement que sont bien sûr les entreprises, mais aussi les centres d’orientation professionnelle ou scolaire, les partenaires sociaux, la presse…
  • Les pratiques envoient souvent des messages brouillés sur les métiers et les filières. Globalement, les métiers des TIC manquent de lisibilité : les jeunes filles mais aussi les centres d’orientation ignorent leur contenu réel. De plus, certains messages du type : « Elles aussi, elles peuvent le faire » sont contre-productifs. Les femmes savent bien aujourd’hui qu’elles sont parfaitement capables d’utiliser les ordinateurs et rejetent ces campagnes qui prétendent qu’il est nécessaire de les aider à être au niveau des garçons.
  • Enfin, ces pratiques se focalisent souvent sur une seule cause. Si elles peuvent être efficaces dans leur domaine précis, elles ne font pas tache d’huile. En effet, la réduction du gender gap ne peut s’effectuer en alignant linéairement un ensemble d’actions qui, pas à pas, nous approchera de l’égalité. L’égalité des chances entre les hommes et les femmes dans les TIC fonctionnera comme un phénomène émergent à partir d’un système efficace et équilibré de Bonnes Pratiques, agissant de manière coordonnée sur des causes multiples.

En conclusion…

Les métiers des TIC pourraient être un laboratoire pour de nouvelles formes d’organisation du travail. Malheureusement, les cordonniers étant les plus mal chaussés, on n’y rencontre que rarement une vraie flexibilité du temps, une vraie autonomie dans le travail.

Une réflexion sur le thème : « comment rendre les métiers des TIC plus favorables aux femmes » peut tout à fait déboucher sur un ensemble de mesures améliorant la qualité de vie au travail pour tous. Plutôt que tenter de mettre les femmes en adéquation avec les exigences des métiers des TIC, ce sont les métiers des TIC qui gagneront à s’adapter à une autre façon de considérer le travail qui sera in fine profitable à tous.

Isabelle Collet
mai 2004

(1) Les rapports finaux du projet sont disponibles en anglais sur www.ftu-namur.org/www-ict.
lire aussi Pourquoi et comment les femmes choisissent ou ne choisissent pas les métiers de l’informatique ?


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