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Rencontre avec Clarice, profession : illustratrice… à l’heure de l’informatique.

Vivre de sa passion, c’est bien sûr « le rêve » et peu de personnes y parviennent. Nous avons rencontré Clarice, une jeune femme qui est arrivée à concilier son talent et sa profession. Elle nous explique comment un métier aussi traditionnel que l’illustration s’est mis lui aussi à l’heure de l’informatique.


Clarice

Situé au rez-de-chaussée d’une maison bourgeoise, l’atelier de Clarice présente deux pièces lumineuses en enfilade. La pièce de devant est équipée d’une longue table où s’alignent des pots remplis de pinceaux, des encres, des pigments… C’est là que Clarice invente, crée, dessine, peint… L’autre pièce est meublée d’un large bureau supportant le matériel informatique : deux ordinateurs en réseau, un scanner, une imprimante, une palette graphique …

Un parcours scolaire quelque peu original…
Après les trois premières années d’humanités (secondaires inférieures), Clarice a préféré continuer ses études à l’Académie des Beaux Arts : Pendant ces trois ans j’ai acquis une base solide en dessin mais, à cette époque (1980-1983), les cours aux beaux-arts n’étaient pas reconnus comme équivalents. Il a donc fallu que je passe devant le jury central pour obtenir un diplôme d’humanités donnant accès aux études supérieures. Après un voyage d’une année en Irlande, Clarice rentre en Belgique et reprend des études d’illustration à l’Académie des Beaux Arts de Liège : Nous apprenions le dessin, les techniques artistiques traditionnelles, mais pas encore de PAO ( Publication Assistée par Ordinateur) ni même d’ordinateur !

… et des débuts professionnels qui ne le sont pas moins
Son diplôme en poche, Clarice s’en va vivre un an aux Etats Unis où elle sera engagée comme décoratrice… chez un traiteur ! Ensuite, de retour en Belgique, elle a l’occasion de participer à un projet de dessins animés pour un studio de Bruxelles : C’était très intéressant. Pour la première fois, j’approchais l’infographie : voir ses propres personnages bouger à l’écran, c’est vraiment magique !

Heureuse qui comme Clarice a fait de beaux voyages…
Et puis, cédant à nouveau à l’appel du voyage, elle part cette fois pour l’Equateur, l’Afrique du Sud… De ses nombreux voyages, elle ramènera bien sûr une foule de croquis et de dessins et quantité de souvenirs … qui ne manqueront pas, par la suite, d’enrichir ses travaux d’illustration : Se rendre compte des différences de culture cela m’a bien servi plus tard dans mes illustrations. J’essaye en tous cas que, dans mes images, une grande majorité de personnes puissent s’y retrouver.

Et les nouvelles technologies dans tout ça ?
Patience ! On y vient... Nous voici fin des années 80. Clarice se met alors à l’illustration de livres pour enfants. Elle publie un premier livre aux éditions du Seuil, dans la collection Petit Point et travaille en free lance notamment pour le magazine Toupie des éditions Milan. Elle se rend régulièrement à Paris pour rencontrer des éditeurs. Elle en rencontre également à la Foire de Bologne, la plus grande foire européenne spécialisée dans l’édition enfantine : Jusque là, j’avais toujours travaillé de manière traditionnelle, le plus souvent à l’écoline sur papier… et pour présenter mes illustrations, j’en faisais des photocopies couleurs ce qui revenait relativement cher à l’époque et le résultat n’était pas toujours satisfaisant. A la Foire de Bologne, les éditeurs me demandaient un dossier couleur de mes travaux. Alors, je me suis lancée et j’ai acheté mon premier Mac.

Acquérir du matériel informatique c’est bien beau, mais encore faut-il savoir l’utiliser…
Je me suis renseignée sur les possibilités de formation et la formule d’autoformation assistée que propose La Technothèque de Liège m’a séduite. J’ai pensé : « Je crois que je peux le faire » et je l’ai fait. Cela m’a pris quelques mois et pas mal d’heures de pratique à la maison. Clarice apprend donc Quark Xpress, Photoshop et Adobe Illustrator, les logiciels les plus utilisés par les infographistes. Elle s’aide aussi de bouquins et ne manque pas de faire appel à des amis déjà experts dans cette matière.

Si Clarice continue de créer ses illustrations de manière traditionnelle, le plus souvent au pinceau avec des encres de couleurs… Alors à quoi lui sert l’informatique ?
En fait la création des illustrations, ce n’est qu’une partie du travail de Clarice. Ces images sont le plus souvent destinées à illustrer des publications, affiches, brochures, livres, … Alors bien sûr il faut les intégrer dans ces supports, les mettre en page en rapport avec des textes, évaluer les impératifs d’impression, faire des choix en fonction d’un budget. Une partie de ce travail se fait aujourd’hui sur ordinateur : par exemple, une illustration peut être créée ou modifiée dans Photoshop ou bien on peut partir de traits scannés ou de croquis rapides au stylo électronique et utiliser les couleurs Pantone. J’utilise beaucoup la bichromie, c’est un procédé qui donne un résultat très riche et qui permet une impression en deux couleurs seulement. Je combine souvent ce procédé avec le choix d’un papier dont la couleur et parfois la texture s’harmonisent à l’ensemble du travail.

Pourquoi travailler sur un Macintosh plutôt que sur un PC ?
Dans les métiers liés à l’édition, comme l’infographie, on travaille de préférence sur Macintosh car historiquement, il a toujours offert aux créateurs un plus grand éventail de logiciels spécialisés. C’était d’autant plus vrai il y a quelques années car depuis l’apparition de Windows et la création de formats standard comme le format PDF, la compatibilité PC/Mac s’est fortement améliorée. De plus, bon nombre de logiciels graphiques ont été adaptés au PC. Le matériel Mac coûte beaucoup plus cher, c’est entendu, mais il est aussi plus fiable et donc il faut prendre en compte l’amortissement. Et, un point très important : avec mon Mac, je n’ai jamais de problème de virus !

L’occasion de travailler en accord avec ses convictions
Au début des années 90, l’association Le Monde selon les femmes sollicite les talents de Clarice pour la conception (avec deux autres auteures) et l’illustration d’un livre-jeu sur le thème du Genre. Il paraîtra sous le titre « Un autre genre, svp ! » , en 1998 : Cela a été une expérience très enrichissante et l’occasion appréciable de concilier mon travail et mes idéaux. Clarice a orienté son travail dans le secteur non marchand ; elle réalise aujourd’hui des illustrations pour une vingtaine d’ONG (organisations non gouvernementales) dans le domaine du développement, de la culture, de la santé et avec des associations féministes, toutes orientations politiques confondues. La collaboration avec Le Monde selon les femmes s’est poursuivie et élargie puisque Clarice est à présent chargée de leur communication, de leur image. Au-delà même de l’aspect militant, il y a, dans les groupes de femmes, une grande ouverture d’esprit, les femmes travaillent plus en collectivité. Jusqu’à présent je n’ai jamais illustré un texte avec lequel je n’étais pas fondamentalement d’accord. Mais, pour arriver à être aussi « confortable » dans son travail, il faut évidemment faire des choix, avoir de la rigueur.

Quelques attitudes et comportements à adopter, acquis par l’expérience

  • Pour gagner la confiance des associations, ne pas avoir peur lors d’un entretien d’utiliser des termes techniques, à bon escient bien entendu. Etre précis dans son discours, avoir de l’assurance et même une certaine autorité. Cela ne peut que rassurer.
  • Mettre les choses au point dès le départ d’un projet :je fais toujours préciser la demande, j’ai même construit un petit questionnaire pour être certaine de bien saisir le message que l’on veut faire passer. Parfois, j’ai un regard sur le texte et rappelle à la rédaction quel est le public cible.
  • Connaître le budget dont on dispose.
  • Travailler avec un seul interlocuteur, sinon il y a trop d’avis différents.
  • Savoir évaluer son temps de travail pour gérer les délais et ajouter du temps pour les éventuels aléas.
  • Savoir évaluer la valeur, le prix de son travail.
  • Présenter deux ou trois projets pas plus et pouvoir argumenter les avantages et les contraintes techniques de chacun.
  • Définir une charte graphique, cela empêche les discussions et les mauvaises surprises.
  • Enfin, pour éviter les maux de dos et autres bobos physiques, penser à adopter de bonnes attitudes corporelles, de bonnes façons de respirer.

En guise de conclusion
Je suis parfaitement consciente que travailler comme je le fais actuellement en toute indépendance et en accord avec mes idéaux peut apparaître comme un luxe aujourd’hui. Mais j’ai fait des choix et il ne faudrait pas croire non plus qu’il n’y a que des avantages à gagner sa vie de la sorte. Il y a des moments où on a beaucoup de travail, parfois trop, et d’autres moments ou l’on a rien du tout, ce n’est pas toujours commode à gérer. Mais, avec l’expérience on y arrive. J’apprécie la liberté que j’ai de disposer de mon temps comme je l’entends et, si je travaille parfois très tard, je me lève quand je veux, d’ailleurs je ne mets jamais mon réveil.

Propos recueillis par : Christine Leruth
juin 2004

 
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