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La diversité rend les femmes invisibles

La politique de diversité, ou comment rendre invisible les questions de genre

Un symposium organisé fin 2006 par le Conseil de l’Egalité des Chances entre Hommes et Femmes tirait la sonnette d’alarme auprès des experts : la politique actuelle en matière de diversité rend les femmes invisibles. Il faut réagir !

Lorsqu’on rencontre aujourd’hui le terme « diversité », on pense à priori à l’intégration des allochtones, des personnes handicapées et des holebis. Ne pas y inclure les femmes n’est pas forcément faux, puisqu’elles ne constituent pas, à proprement parler, une minorité.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi : jusqu’à une certaine époque, le terme diversité renvoyait au fait que toutes les femmes n’étaient pas les mêmes, que la femme n’existait pas et qu’il fallait réfléchir à cette réalité et en tenir compte.

Diversité versus émancipation des femmes

Jusqu’à il y a une dizaine d’années, la politique d’égalité des chances se concentrait avant tout sur les femmes et les hommes et sur l’émancipation. Aujourd’hui, le terme d’émancipation est devenu désuet. La tendance est de dire que l’égalité des sexes est acquise, puisqu’elle existe au plan légal.

Mais l’égalité devant la loi ne veut malheureusement pas dire égalité totale : l’écart salarial entre hommes et femmes perdure, tout autant que le sur-chômage des femmes, le plafond de verre … et l’accès plus difficile pour les femmes aux métiers de l’informatique.

Pour les intervenantes de ce colloque, la politique de diversité actuelle ne permet pas de dénoncer ces réalités. Un exemple parmi d’autres, les femmes sont, plus fréquemment que les hommes, victimes de violences conjugales ; mais, à la lumière du grand égalisateur nommé « diversité », on parle désormais de violences intrafamiliales. Cet exemple montre que la diversité peut être dévoyée et contribuer à invisibiliser les femmes.

La diversité est devenue, à tout le moins en Belgique, un concept fourre-tout, qui, en recouvrant aussi bien les allochtones, les handicapés et les holebis que les femmes, risque de faire disparaître les spécificités du vécu de ces dernières. Plusieurs oratrices ayant participé à la conférence telles que Maggi Poppe (Vrouwenraad), Magdeleine Willame-Boonen (CFBB) et Pascale Vielle (UCL) ont notamment souligné ce problème. Reste à savoir comment cette dilution s’est mise en place…

Paresse intellectuelle

Pour la Prof. em. Neri Sybesma-Knol (UNO), la diversité a surtout à voir avec la bonne conscience : elle donne aux politiques et aux entreprises qui la revendiquent le sentiment qu’ils agissent dans le bon sens, car la diversité est censée n’exclure personne et donc pas les femmes. « Mais en réalité, il ne s’agit que d’une paresse intellectuelle qui, dans la pratique, exclut les femmes ».

Une déclaration que la Prof. Magda Michielsens approuve pleinement : « La diversité signifie l’indifférence, elle est utilisé lorsque la politique d’égalité des chances refuse de prendre position et de faire des choix. En tant qu’individus elle nous empêche de réfléchir et d’argumenter pourquoi nous défendons une valeur contre une autre. Elle nous muselle dans la mesure où personne, aucun individu bien-pensant, ne s’opposera jamais à la « diversité ».

En conclusion, les entreprises désireuses d’appliquer une politique de diversité, par exemple pour attirer et fidéliser davantage de femmes spécialistes en IT, sont prévenues des dangers de ce terme. Il ne suffit pas de parler de diversité pour penser aux femmes. Au contraire, le terme lui-même peut les rendre invisibles (1).

C.V.H.
février 2007

Notes & liens
(1) Verdwijntrucs in taal en beleid : concepten zijn geen speelgoed, Magda Michielsens.

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