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Rencontre avec Zoé Genot, députée fédérale Ecolo.

Au mois de juin, la Commission Européenne rejetait la directive « brevets logiciels », qui visait à rendre les programmes informatiques brevetables, comme les autres inventions. Au cœur de cette directive, l’avenir des logiciels libres... Ada s’était à l’époque faite le reflet de la mobilisation autour de cette question et avait souligné le rôle important joué par une série de femmes politiques dans ce dossier. Parmi elles, Zoé Genot, députée fédérale Ecolo, que nous avons rencontrée, dans son bureau du Parlement.

« Le brevetage c’est vraiment tuer tout autre logiciel que les logiciels verrouillés puisque n’importe qui pourrait breveter n’importe quel logiciel libre et c’en serait fini de la liberté de travailler dessus » nous explique Zoé Genot. Or le logiciel libre, qui laisse l’accès à son code source, et autorise la modification, la copie, et la distribution, constitue un outil très utile pour toute une série de personnes. « Peu à peu, le spectre des gens qui s’inquiétaient de la directive s’est élargi aux petites PME, à des gens qui réfléchissaient à l’intérêt de l’état, etc. Pour l’Etat, le fait d’utiliser des logiciels libres est plus intéressant en termes de contrôle du matériel, de pérennité dans les systèmes. » En effet, sans code source, comment réaliser des mises à jour ou des transformations, au cas où, par exemple, la firme qui commercialise le logiciel propriétaire fait faillite ou décide de ne plus perfectionner un programme qu’elle trouve peu rentable ? Une seule solution, tout reprendre à zéro !

Depuis, le parlement a rejeté la directive, sauvant ainsi, pour le moment en tout cas, le logiciel libre. « On a demandé à la Belgique de se prononcer contre le brevetage logiciel. Et peu à peu, sous les pressions et les explications des différents secteurs actifs contre la directive brevets, le gouvernement belge a fini par adopter une position opposée, mais c’est surtout le parlement européen qui a fait le gros du boulot. » explique Zoé Genot. Une mobilisation sans précédents du milieu des « Linuxiens » est à l’origine de ce mouvement : « Il a permis de sensibiliser les politiques et lui-même, d’ailleurs, s’est formé au fonctionnement des élus. Donc c’était un gain mutuel : il y a eu une professionnalisation du mouvement pour conscientiser les gens, pour leur faire comprendre l’impact que pourrait avoir cette directive. Et peu à peu, ils ont réussi à trouver dans chaque parti suffisamment de gens conscientisés qui ont obligé les responsables des dossiers aux différents niveaux à se pencher sur la question. » Ainsi, d’un côté, le ministre belge de l’Economie a pu verbaliser son opposition au Conseil des Ministres, tandis que le Parlement continuait son travail d’analyse de la directive proposée par la Commission. Comme les deux instances s’observent, le travail de l’un et de l’autre est très important. « C’est aussi une victoire démocratique (...), que des citoyens prennent en main un dossier, travaillent de manière intense pour sensibiliser les politiques en faisant un suivi régulier... ça devient payant. (...) C’est vraiment un espoir pour les citoyens dans plein d’autres domaines. »

On pourrait penser que Zoé Genot cultive un double-handicap, lorsqu’elle se penche sur la directive « brevets logiciels » : celui d’être une femme en politique et sur un dossier technique... « J’étais beaucoup mieux informée que le ministre masculin qui était en face de moi ! » dit-elle. « C’était moins la difficulté femme - homme, que la difficulté technicien - non-technicien, qui posait vraiment problème. Mais au parlement européen, la personne qui a suivi tout le dossier au groupe des verts européens, c’est aussi une jeune femme... Donc c’était aussi plus facile, parce qu’on avait la même vision du dossier, de pointer les enjeux politiques... ». Il est vrai aussi que le groupe Ecolo du Parlement est particulier : sur quatre députés, il y a trois femmes ! « En dehors du groupe Ecolo, le double-handicap, c’est plutôt femme et jeune. En plus d’un parti minoritaire, c’est vrai que ça vous donne tout de suite un côté un peu... Mais très vite, les gens vous connaissent... »

Mais l’intérêt de Zoé Genot et de ses collègues écologistes pour les nouvelles technologies ne s’arrête pas à la directive européenne. Comme nous tous, elle est bien consciente des points positifs comme des points négatifs, et de l’importance de dénoncer le manque de contrôle des citoyens sur le vote électronique, ou la manière dont leurs données privées sont gérées, notamment sur internet. Dans ces cas-là, ce sont des enjeux démocratiques qui la passionnent ! D’un autre côté, elle se réjouit de la proximité qu’internet, et l’email notamment, permet entre citoyens et politique : s’informer et se faire entendre est en effet devenu nettement plus facile pour celui qui le désire !

Est ce qu’elle voit des enjeux particuliers pour les femmes dans le domaine technologique ? « La technologie n’est pas encore conçue pour les femmes. (...) Or, comme pour beaucoup de choses, quand ce sera bien adapté pour nous, ça sera bien adapté pour tout le monde, hommes comme femmes, pour les débutants, et autres... (...) Il reste un effort à faire pour rendre les choses plus agréables à utiliser... » Alors, informaticiens/nes qui nous lisez... Au boulot !

Eléonore Seron
février 2006

 
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